Résistance Africaine à la Traite négrière relatée dans la presse

 

Combattant  pour leur liberté

 Pendant la période de la traite négrière, les journaux  relataient principalement des informations concernant:

- les traités conclus entre les pays européens (France, Hollande, Angleterre, etc..)

- les rivalités, les complots et les guerres entre les états négriers

- les départs et arrivées des différents bateaux négriers allant jusqu'à détailler le nombre de noirs arraché à l'Afrique.

- les nombreux investissements mis en place afin de développer et pérenniser la traite négrière.

Certains journaux informaient aussi sur la résistance, les révoltes, les insurrections des populations africaines. Précisant la constante opposition des Africains contre la traite et l'esclavage. Opposition qui donnait lieu à de nombreux massacres de négriers et d'esclavagistes européens. Ces actes de résistances n'étaient cependant pas décrits comme de la bravoure ou de l'héroïsme, mais comme de nouvelles pertes financières pour tous les investisseurs qui s'abreuvaient de cette traite.

Car, ces journaux comptaient parmi leurs plus fidèles lecteurs, la plupart des personnes intéressées par la rentabilité de cet acte de barbarie c'est-à-dire des banquiers, des investisseurs, des responsables de compagnies négrières et bien d'autres...
Des journaux russes tels que le " Sankt-Peterburgskie Vedomosti"( les Nouvelles de Saint Petersbourg), parurent entre 1730 et 1754 relatait ces évènements relatifs à la traite négrière. Dans l'édition de 1753, on y apprendra la révolte des Africains  prisonniers à bord du navire "Malborough". Ces prisonniers auraient tué tous les membres de l'équipage, laissant la vie à deux négriers qui, sous la menace, se voyaient contraints de les ramener en terre d'Afrique.

L'un des illustres lecteurs de ce journal publié par l'Académie des Sciences de Russie, n'était autre qu'une ancienne victime de ce crime (sous l'Empire Ottoman), Abraham Hanibal, Africain originaire du bassin du lac Tchad (actuel Cameroun), devint général de l'armée russe.

Il pouvait, en effet à travers ces lignes savoir que de tout temps les peuples Africains  se sont toujours battus pour garder leur  liberté  en  terre d'Afrique,  sur les bateaux, dans les colonies et les plantations. Ils ont toujours oeuvré contre l'esclavage, menant continuellement révoltes, insurrections, mutineries et rebellions ne laissant aucun répit à leurs bourreaux.

Ainsi, tous les Européens lettrés de la période esclavagiste pouvaient savoir ce qui se passait en Afrique, contrairement aux idées répandues par certains historiens qui confinent les informations relatives à la traite négrière aux villes portuaires (Nantes, Bordeaux, Marseille, La Rochelle, Amsterdam, Liverpool, etc..)

personne en Europe ne pouvait ignorer le traitement qui était fait aux Africains.

Quelques évènements importants relatés par le journal " Sankt-Peterburgskie Vedomosti"*

Année

Évènements

1730

-Révolte d'esclaves nègres aux Bermudes. Les Nègres ont empoisonné les habitants. Le calme est revenu après qu'on eût décapité certains de ces Nègres.
-Révolte de Nègres en Virginie : tous les Anglais se sont armés.
-En Guinée, près de la rivière Gambie, les sujets du roi Fonka se sont révoltés : le palais, le roi, sa mère, ses sept épouses, ses deux frères, tous ses enfants et de nombreux serviteurs ont brûlé vif.
-En Jamaïque : révolte de Nègres; le nombre de révoltés ne cesse d'augmenter. Les bateaux de guerre "Hector" et "Princesse Louise" ont été envoyés de Gibraltar pour venir en aide aux propriétaires anglais de l'île.

1731

-Révolte d'esclaves en Caroline du Sud : début octobre, les Nègres ont tenté de massacrer tous les habitants européens de la Caroline du Sud. Les massacres n'ont pas eu lieu suite à un désaccord entre les Noirs. Autrement, les 3000 Européens auraient été massacrés par les 28 000 Noirs.
-De Jamaïque le 4 mai : l'armée qui est arrivée ici combattre les Nègres insurgés a réussi sa mission puisqu'elle a pris leur forteresse de Saint Antoine et l'a incendiée de même qu'elle a dispersé leur armée qui s'y était rassemblée.
-De Boston le 20 octobre : Le complot des Nègres de Caroline du sud visant à massacrer tous les Européens du pays au début de ce mois a échoué suite à l'apparition heureuse de désaccords en leur sein; n'eût été cet événement, tout semble indiquer que les 3000 Européens de la province auraient été tués par les 28000 Nègres.

1736

-Le gouverneur de la Jamaïque demande qu'on lui envoie six régiments supplémentaires pour mettre fin aux agitations qui secouent l'île, mais surtout pour disperser les Nègres insurgés qui, une fois de plus sont sortis dans les rues en grand nombre.

1740


-On apprend de Kingston en Jamaïque (des lettres du 26 novembre) qu'un dangereux complot des Nègres de là-bas visant à tuer et exterminer les Européens a été heureusement déjoué, que tous les meneurs de ce complot ont été arrêtés. Leur chef nègre qui était le surveillant du magasin de M. Vrags, avait prévu en cas de réussite de leur entreprise se proclamer Roi. Il voulait faire de l'épouse de son maître -pour qui ce More avait un amour sans borne- sa Reine.
-En Jamaïque un grand nombre de Nègres veut s'allier aux Espagnols contre les Anglais.
-En Jamaïque plus de 2 000 Nègres ont provoqué des troubles avec l'intention de s'allier aux Espagnols contre les Anglais.
-Une dépêche rappelle que les Nègres de Caroline ont une propension à se soulever.

1741


-A Saint Domingue une caisse de poudre a pris feu à bord d'un navire du nom de "Rouen", ce qui a fait sauter un autre navire qui se trouvait à côté et dans lequel se trouvaient cinq cents hommes nègres.
-On apprend de Caroline que les Noirs ont de nouveau tenté d'exterminer les Blancs, raison pour laquelle plusieurs d'entre eux ont été arrêtés et leur chef principal a été brûlé vif.

1750

-Allusion à la dernière révolte menée par les Noirs sur un territoire dont le gouverneur est un certain Maurice qui a reçu le général Chkorp et ses officiers qui venaient d'accoster avec une armée.

1751


-De Paris, le 23 mars : Des nouvelles de La Rochelle au sujet du bateau du Sultan qui est parti de ce port pour acheter au Sénégal de 500 à 600 nègres et qui se trouvait sur le chemin du retour vers Saint-Domingue : cinq jours après le départ, les dits Nègres se sont révoltés, ont tué le capitaine, gravement blessé un autre, et malmené aussi le lieutenant. Pour cette raison, on fut obligé de tirer au canon sur les révoltés, causant ainsi la mort de 150 personnes tandis que 40 se jetèrent à la mer. Finalement, après que 228 nègres et 15 matelots eurent été tués, la révolte prit fin et les autres furent conduits sans problème à Saint-Domingue.

1752

-Les marchands de la ville viennent d'apprendre qu'à Curaçao, le général-major Sperken a dû faire usage des plus sévères mesures militaires et armer tous les immigrants pour exterminer les Nègres qui se sont soulevés; ils ont été pour la plupart tués ou arrêtés, quant à ceux qui ont fui, des soldats ont été chargés de leur couper la route.
-On apprend d'Afrique qu'une violente bataille a opposé la garnison portugaise de Iagatsam (?) et les Nègres : les habitants de la région manquaient de bois et le gouverneur don Antonio Alvarez Da Cunha décida d'abattre des arbres en quantité suffisante dans la forêt proche; le 7 décembre 1751, il ordonna à don Juan Froes de Brito de prendre un détachement de 200 soldats pour assurer la protection les bûcherons. Mais alors qu'ils coupaient les arbres, 2 000 Nègres attaquèrent les Portugais. Le gouverneur avait craint à l'avance une telle attaque et s'était donc préparé en conséquence; dès qu'il fut informé que don Brito avait été attaqué, il lui vint en aide. Après avoir repoussé les assaillants, il ramena ses hommes en ville avec le bois nécessaire.
-On annonce un soulèvement de Nègres à Surinam.
-Un soulèvement de Nègres a lieu en Guadeloupe et à la Grande Terre. Les Français soupçonnent les Anglais de vouloir leur venir en aide. Pour cela, ils attaquent tous les navires anglais qui s'approchent de cette région.
-Des lettres annoncent un soulèvement d'esclaves à la Martinique qui a des conséquences sur les îles voisines à l'est de la Guadeloupe et à Grande Terre où se sont rassemblés 900 hommes qui ont tué plusieurs Français et causé de sérieux dégâts aux usines de sucre. On ne doute pas aussi que ce soient eux qui furent à l'origine de l'incendie qui avait ravagé environ 700 maisons de Saint-Pierre de la Martinique, ce qui avait appauvri les malheureux habitants de l'île.
-Des lettres de Martinique annoncent qu'un incendie a frappé l'une des plus belles villes de l'île; on a découvert que le feu avait été allumé par des esclaves qui ont été arrêtés; parmi eux plus de la moitié étaient des Négresses qui voulaient provoquer une révolte. Certaines d'entre elles ont été pendues.
-La rébellion de Martinique n'a pas été aussi dangereuse qu'on l'a dit au départ. Cependant de source sûre, quelques Français ont été tués au nombre desquels le capitaine Bourgne.

1753

-Avons reçu une mauvaise nouvelle : le capitaine Cod, commandant du navire de Bristol, le "Marlborough", était parti de Guinée avec un certain nombre de Nègres ; ceux-ci se sont soulevés du fait de l'imprudence du capitaine qui leur avait donné une grande liberté; ils ont pris possession du navire et tué le capitaine et les autres personnes à bord à l'exception de deux d'entre eux à qui ils ont laissé la vie sauve pour ramener le bateau sur la côte de Guinée.
-De Paris, le 31 juillet : le roi a renouvelé pour quelque temps l'accord signé avec le souverain d'Annamabo en faveur du commerce des sujets français sur la côte africaine. Ce souverain enverra ici deux jeunes Nègres de sang royal en otage qui seront pris en charge par Sa Majesté et éduqués selon les moeurs d'ici.
-De Londres, le 24 juillet : des navires de surveillance français attaquent les bateaux des Anglais et des autres nations qui s'approchent de la Guadeloupe et de la Grande Terre pour empêcher qu'on apporte de l'aide aux esclaves qui se sont révoltés.

1754

-Des lettres venues de Bridgemont (Barbade) datant du 23 janvier dernier annoncent que la terreur y règne depuis un certain temps, car les Nègres se sont mis à faire toutes sortes de vilenies. Ils ont entre autres attaqué un Européen un soir dans la rue, l'ont roué de coups d'une manière inhumaine et l'ont tailladé au point où il a succombé peu après de ses blessures. Trois des assassins furent arrêtés et soumis au supplice de la roue le jour suivant. L'un de ces Nègres qui étaient encore en vie après une semaine de supplice, annonça au magistrat que si l'enquête sur l'assassinat n'avait pas abouti, ils avaient projeté à la prochaine fête de l'église de tuer tous les Blancs de l'île et de mettre le feu à la ville. Depuis lors, une partie des habitants monte la garde toutes les nuits et un régiment de dragons fait la ronde jour et nuit.
-On apprend de la Caroline du Sud le 14 mai que les nouvelles reçues en provenance des côtes de Guinée font état d'une réinstallation des Français sur la rivière Gambie à la suite du retrait des Anglais; et que le commerce des Nègres devient chaque jour plus difficile à faire, parce que ceux-ci se révoltent souvent, et récemment encore ils ont massacré tout l'équipage d'une embarcation qui se rendait des West Indies à Liverpool.
-Un navire de guerre arrivé d'Afrique indique qu'aucune véritable révolte n'a eu lieu au Sénégal comme annoncé auparavant; c'est un petit groupe de Noirs qui avaient pris les armes, mais dès que le commandant du Sénégal se dirigea vers eux avec deux canons, ceux-ci déposèrent leurs armes et se rendirent.
-Il est arrivé un malheur sur les côtes africaines au capitaine Kafield parti pour l'Afrique avec un navire en vue d'y acheter des esclaves. Descendu sur la terre ferme, il s'est éloigné du bateau pour quelques jours; entre temps, des Nègres sont arrivés vers le bateau prétextant vendre des captifs. Mais dès qu'ils sont montés à bord du navire, ils ont sorti des couteaux et des sabres et abattu tout le monde sauf un membre de l'équipage qui s'est enfui dans la forêt et qui a informé le capitaine de la mort de tous ses compagnons ainsi que du pillage du navire.

Le peuple noir Africain c'est toujours battu contre l'esclavage, contre cette volonté qu'avaient les Européens de les réduire à l'état de meuble.

 

* Cf:Dieudonné GNAMMANKOU (Sociétés Africaines et Diaspora, n°11, Traite et esclavage nègres, septembre 1998, Paris, L'Harmattan)

 

Shenoc le 28/05/2006

 

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