Popougaïev

 

Russie en 1790

Ce poète essayiste russe né en 1778, était un militant actif contre toutes les formes de servage; il considérait les paysans comme les membres les plus actifs de la société russe. Il n'hésita pas malgré les pressions exercées par l'empire russe à dénoncer avec vigueur ce qu'il considérait comme un crime abominable: la traite et l'esclavage des Africains.

Il publie en 1801 un essai intitulé "Le Nègre" dans lequel il condamne l'esclavage du 19e siècle et "met l'accent sur la bravoure, la noblesse d'âme et la générosité des Noirs. Il construit son essai sur un monologue pathétique de l'esclave Amrou qui est d'une pertinence absolue pour l'époque".

Il reste selon l'auteur Orlov, un fidèle de Radichtchev, philosophe du 18e siècle qui écrivit en 1790 "Voyage de Petersbourg à Moscou". (Essai incitant le soulèvement des paysans, condamnant le servage et dénonçant l'esclavage aux Etats-Unis et dans les colonies britanniques). Il fut pour cet écrit condamné à mort par l'impératrice Catherine II qui préféra par la suite l'exiler en Sibérie.

Catherine II

Ce passage tiré de son livre décrit toute la volonté qu'avait l'auteur de crier son mépris pour l'esclavage: "Quant à vous les barbares! Craignez la colère des cieux pour la perfidie de votre cœur -ainsi s'adresse le Nègre aux esclavagistes-, vous périrez sans la moindre pitié... vous paierez pour nous avoir ôté la liberté! Qui vous en a donné le droit? Qui vous a permis de rendre esclaves vos confrères? Le Nègre ne peut sous aucune loi être la propriété du Blanc. La liberté ne peut être vendue; l'or du monde n'est pas à même de l'acheter et aucun tyran ne doit en disposer".

Il évoque avec beaucoup de précisions les crimes et la barbarie perpétrés par les Européens en Afrique noire, se vantant d'être supérieurs, et de ramener la civilisation aux Noirs, profitant de la sagesse des noirs qui les accueillaient les bras ouverts.

Il décrit ainsi le désenchantement des noirs face à la sournoiserie des Européens: "Les perfides européens trouvèrent la voie secrète qui devait conduire à notre perte et rendre nos malheurs inévitables. À l'aide de clinquantes babioles, ils ont perverti nos anciens, semé la discorde parmi les générations les plus fortes et les plus faibles embrasant des guerres intestines! À présent le Nègre frappe le Nègre et l'attache pour livrer son semblable à l'odieux esclavage des Blancs - oh quelle honte !
Oh Noirs, peuple généreux, que faites-vous en vendant vos frères à vos véritables ennemis? Hélas! Vous creusez votre propre tombe."

Il devra lors de la parution de son essai en 1804, prétendre que son travail était tiré d'une traduction espagnole.

À travers son essai, Popougaïev met en évidence toutes les formes d'esclavages qu’il considère comme odieuses, l'esclavage des Africains, le servage des paysans russes, il décrit tout le mal qu'il en pense en espérant avoir un écho favorable auprès des autorités et une conscientisation auprès du peuple qui mènerait à un soulèvement de la population.

Popougaïev meurt en 1817, laissant derrière lui un cri qui ne pouvait selon nous rester dans l'oubli.

Soyons tous reconnaissants de sa bravoure. Merci pour nos ancêtres...

 

 

Shenoc  le 12/06/06

* Cf. Dieudonné GNAMMANKOU

 

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